L'HISTOIRE DU CHATEAU


L’histoire de Dampierre racontée par la Scénographie

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Sur les 40 générations qui se sont succédées sans 
interruption depuis 1000 ans à Dampierre, 7 des plus significatives par leur durée et leur personnalité forment la scénographie costumée du millénaire axée sur les jeux-symboles. En 995, sur l’ancien oppidum gallo-romain, le château Gaillard dont le Seigneur est Adalbert, domine les moulins du Val de Boutonne et favorise l’encellulement du bourg qui sera fondé en 1045.

L’église paroissiale pré-romaine incluse dans la “castellania”, héritière d’une chapelle votive ruinée par les Sarrazins (VIIIème siècle) est dédiée à Saint-Pierre, d’où une double étymologie de Dampierre à la fois païenne et sacrée portant une double charge symbolique que l’on retrouvera dans les armoiries et l’alchimie de ces lieux : Dame Pierre (Doma Petra) ou Monseigneur Pierre (Dominus Petrus). Le pouvoir laïc du donjon s’oppose à la proche Abbaye de Saint -Séverin dont la redoute du châtelier, fortifiée sur les deux rives de la Boutonne nargue le Sire du château gaillard. Les chevauchées punitives entre ces deux fiefs couvrant les actuels cantons d’Aulnay et Loulay sont renforcées par les querelles entre Capétiens et Ducs d’Aquitaine. Par son mariage en 1027 avec Hugues Maingot, Pétronille, fille d’Adalbert, fit passer Dampierre pour trois siècles de la vicomté d’Aulnay à la baronnie de Surgères et pendant dix générations à partir du règne d’Henri 1er et de la reine de France Anne de Kiev.

XII, XIIIème siècles : la baronnie des Maingot sous les Plantagenet.

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Le château renforce ses fortifications pour 
parer aux sièges et aux armes nouvelles (arbalètes et mangonneaux). Guillaume III Maingot affermit en 1160 sa baronnie de Dampierre et Surgères en épousant Berthe de Rancon, fille du seigneur de Taillebourg dont le château jugé imprenable a abrité en 1137 la nuit de noce de la Duchesse Aliénor d’Aquitaine avec le Roi de France Louis VII. La turbulente chevalerie d’abord canalisée par les jeux de l’amour courtois et des tournois, trouve son exutoire dans la croisade. Ainsi, des quatre fils de Guillaume III Maingot, seul le second lui survivra, le troisième étant mort au siège de Saint-Jean d’Acre et l’aîné tué par le cadet proscrit. 

En 1151, Aliénor offre son duché à son deuxième époux Henri d’Anjou, Duc de Normandie et bientôt Roi d’Angleterre de 1165 à 1173. Guillaume III Maingot est démis de sa charge de Sénéchal de Poitou après 1174.A partir de 1179, le jeune Roi de France Philippe Auguste entre en lutte contre les Plantagenêts.

XIV, XVème : les Clermont et la guerre de 100 ans

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L’autorité anglaise du célèbre Prince Noir va être 
confirmée par le traité de Brétigny en 1360. En 1342, Aymar de Clermont, Seigneur de Hauterive en Dauphiné épouse Jeanne Maingot, veuve de Jean de Parthenay, Dame de Chabanais et Confolens. Celle-ci va succéder à ses deux frères, Guillaume IX, mort sous les ordres du Sieur de Vivonne, Sénéchal du Poitou et Hugues III tué au siège de Saint-Jean d’Angély avec Jean le Bon en 1351 et la baronnie de Dampierre commence une nouvelle filiation : celle des Clermont. Ceux-ci ont reçu au XIIème siècle leurs armoiries du Pape Callixte II pour l’avoir aidé à chasser l’antipape Grégoire VIII et les clefs de Saint-Pierre de leur blason coïncide miraculeusement avec la légende et le patron protecteur de l’église de Dampierre. 

Avec la re-conquête de Duguesclin de 1371 à 1373, Aymar de Clermont qui a fait hommage au Prince de Galles en 1364 est chassé de son château, mais son fils lui succédera en 1376. Participant aux guerres du Poitou en 1387, il fera hommage en 1410 au roi de France Charles VI sous la tutelle d’Isabeau de Bavière. Joachim de Clermont qui a consolidé ses liens avec les Maingot en épousant sa cousine Marie-Isabeau de Surgères, élargit ses alliances avec la puissante famille des laval-Montmorency et des Retz dont la fidélité aux Clermont se maintiendra jusqu’à la fin du XVIème siècle. En 1495, Dampierre se détache de Surgères comme baronnie indépendante. François de Clermont, de retour des guerres d’Italie, entreprend la construction du château Renaissance avec ses jardins dans les îles de la Boutonne.

XVIème siècle : les Retz - Apogée d’une famille ducale sous les Valois 

duchesse-de-retz.jpgDe 1545 à 1602, Claude-Catherine, Duchesse de Retz, dernier maillon des 7 générations de Clermont à Dampierre, concrétise l’apogée d’une famille de Barons Poitevins et introduit l’influence italienne par son mariage avec un Florentin : Albert de Gondi, Duc de Retz qui bénéficie de la faveur royale. Femme de la Renaissance, cultivée et lettrée, Membre de l’Académie du Palais, elle suit l’exemple familial de sa grand-mère, Louise de Daillon de Lude, Conseillère de Marguerite d’Angoulème, sa mère Jeanne de Vivonne, Dame d’Honneur des Reines Claude de France et Louise de Lorraine, “vraye registre de cour” selon son neveu Brantôme, sa tante Madeleine de Bourdeille près de Jeanne d’Albret, sa cousine Hélène de Surgères, célébrée par Ronsard et sa bellemère, Marie-Catherine de Pierrevive, protectrice des Arts à Lyon et surintendante des bâtiments de Catherine de Médicis.

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Le prestige militaire de son grand-père André de Vivonne, Sénéchal du Poitou puis de son père

 

Claude de Clermont (familier de François 1er), mort au combat, comme son oncle François de Vivonne au coup de Jarnac, fait de la jeune orpheline une protégée de la Reine et après son rapide veuvage du Maréchal Jean d’Annebaut, Baron de Retz épousé à 15 ans, l’étoile de “l’escadron valant” de Catherine de Médicis. Lors du grand périple royal de toutela cour (1563-1565) pour présenter Charles IXà la France, Albert de Gondi, Gouverneur du jeune roi est marié à Cognac à Claude-Catherine de Clermont, Dame d’Honneur de la Reine. Il reçoit le titre de Duc de Retz, Marquis de Belle-Ile, Baron de Dampierre, Maréchal et Pair de France avec des résidences et domaines témoignant de la faveur constante des Rois François II, Charles IX, Henri III et même Henri IV (son sacre à Reims se fit en présence du Duc alors âgé de 80 ans). L’influence italienne sur le château Renaissance commencée dès 1495 sous Charles VIII va s’accentuer de Claude de Clermont aux Retz. La modification de l’étage supérieur de la forteresse pour créer la double galerie à caissons emblématiques indique une construction antérieure à la mort d’Henri II (1559) par la présence de ses initiales. La galerie fut édifiée pour le premier mariage de Claude-Catherine (1558). Son décor ésotérique, toujours énigmatique, s’inspire de l’esprit chevaleresque du Moyen- Age autant que des préciosités de l’âge préclassique (emblème d’Alciat). Les guerres de religion éloignent les Gondi de Dampierre et après le démantèlement du château par le Prince de Condé en 1587, celui-ci est vendu en 1598 au Baron de Tonnay Boutonne La Motte Fouquet et passe en 1600 au Seigneur de Beaulieu David Fourré.

XVIIème Siècle : Les Fourré : Marquis de Dampierre sous les Bourbon

venus.jpgPendant plus d’un siècle (1598-1712), les Fourré en 4 générations vont modifier la forteresse et l’aménager en château de garnison sous Louis XIII puis en demeure de plaisance au temps du Roi Soleil. La percée de fenêtres à l’ouest donnant sur une terrasse-promenade avec une porte sculptée de leurs armoiries au sud de la galerie, s’accompagne de la création d’un parc au niveau des ailes et tours effondrées dominant les douves de la Boutonne. David, Charles 1er et Charles II Fourré vont se succéder comme gouverneurs de Saint Jean d’Angély.

Pour occuper cette ville protestante, 
Louis XIII dut l’assiéger et laisser au château une garnison de 300 hommes avec son Maréchal de camp Gaillard d’Auriac en 1621. Sous la fronde vers 1650 pendant la régence d’Anne d’Autriche, entre le décès de Louis XIII (1643) et le règne personnel de Louis XIV (1661), Marie, fille de Charles II Fourré, âgée de 15 ans fut séduite et enlevée devant sa mère Marie de Lalande par un ancien page de Richelieu, Louis de Foucault, Comte de Doignon, rebelle à Mazarin. Après d’âpres négociations, ce frondeur reçoit contre sa reddition le bâton de Maréchal puis d’Amiral de France, élargissant même son autorité de Brouage aux tours de La Rochelle. Leur fille Constance, mariée en 1670 avec Isaac Renaud de Pons, Marquis de la Caze, Baron de Thors, fit ensevelir en 1696 le coeur de sa mère dans La chapelle seigneuriale de l’église paroissiale. Le château fut vendu en 1712 à une autre femme : Marie-Anne Bertrand de la Bazinière.

XVIIIème siècle : les Gallifet dans la tourmente révolutionnaire

blason-gallifet.jpgPhilippe Christophe Amateur de Gallifet acquiert Dampierre en 1752 de la Marquise de Fontenille. En 1750, la plus jeune de ses deux filles, Marie- Antoinette, épouse Louis Vigneret du Plessis, Duc de Richelieu et l’aînée, Marie-Louise, son cousin Louis-François Alexandre de Gallifet, Prince de Martigues. En 1776 (veuf de Marie de Levis), il se remarie à Marie de Lestang-Parade dont il eut un fils Alexandre, Colonel des Dragons, père du Général Gaston Alexandre, Marquis de Gallifet, principal responsable de la répression de la commune et à Sedan en 1870. A cette époque les deux ailes du château subsistaient encore, mais un pont routier sur arches construit pour relier Aulnay à Surgères formait barrage aux crues de la Boutonne. Le sol du château dut être relevé d’un demi-mètre pour pallier les innondations. Les Gallifet après les saccages révolutionnaires de 1791 qui anéantirent trois tombereaux d’archives et ruinèrent le colombier, durent partir pour l’émigration en 1793. Dampierre fut démembré et vendu comme bien national en 1795 au profit de François Dubois qui le paya de 2 barriques d’eaude-vie et de quelques assignats. Son fils Paul Dubois après l’avoir racheté à Coudert de Prévignaud, propriétaire de 1817 à 1840 s’y maintint jusqu’en 1851.

XIX, XXème siècles : des Rabault, bourgeoisie terrienne aux Hédelin-Texier, animateurs du patrimoine

cheminee.jpgD’André Rabault, père et fils, minotiers et propriétaires terriens à Jean-Louis Hédelin,ingénieur (comme son oncle Jacques Texier, succédant à son grand-père Jean Texier, médecin), 5 générations d’une même famille, ancrée à Dampierre depuis 1851, ont progressivement transformé une résidence estivale en un monument touristique et centre culturel ouvert au public, rayonnant à travers la Route Historique des Trésors de Saintonge et la Société des Amis du Château. 

La vie quotidienne à Dampierre au XIXème siècle restait empreinte de formalisme et d’inconfort malgré ses très fidèles serviteurs dont se détachent les figurent d’Ismène et d’Angélina. André Rabault fils, fut Maire de Saint-Jean d’Angély de 1896 à 1912 et lutta contre les Bonapartistes pendant 16 ans. Sa femme, Alix Himbourg dont la famille autrichienne arrivée en France avec Marie-Antoinette dut fuir la révolution en Saintonge, avait gardé un grand air de dignité jusqu’à sa mort à 94 ans. C’est par Anne-Marie Rabault qu’à partir de 1923 le château dut son sauvetage grâce à son époux, le Docteur Jean Texier passionné d’ésotérisme en contact avec Fulcanelli (les “Demeures Philosophales”) qui contribua à la célébrité alchimique du château. La restauration commencée sous son impulsion fut continuée par son fils Jacques Texier et poursuivie par son petit-fils Jean-Louis Hédelin depuis 1979.

La célèbre Galerie Esotérique de Dampierre

Flanqué de 2 tours rondes garnies de canonnières vers l’extérieur, le corps de logis s’ouvre sur la cour intérieure par 2 galeries superposées, éclairées par 5 arcades en anse de panier. C’est dans la galerie du 1er étage que l’on découvre les symboles du roi Henry II mêlés à ceux de Catherine de Médicis et de Diane de Poitiers, voisinant avec les thèmes mythologiques ou emblèmatiques.

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Cet ensemble d’emblèmes unique au 
monde, invite le visiteur à une plongée passionnante dans l’imaginaire de la Renaissance.
Mais quel en 
fut l’inspirateur ? 

Certains historiens se contentent d’y voir des symboles hermétiques tirés des emblèmes d’Alciat et aussi de l’Enéide et de la Bible, clés de l’expression artistique et littéraire empruntées à l’Antiquité. D’autres érudits veulent y trouver l’enseignement du “Philosophe inconnu” de Dampierre à la recherche de la Pierre Philosophale. Les caissons de la voûte ont été sculptés entre 1545 et 1550, sous l’impulsion de Jeanne de Vivonne; mais on ne connaît pas encore l’identité du mystérieux Adepte - ”celui qui a reçu le Don” - qui aurait inspiré une telle décoration symbolique. Il est vrai que la région du Poitou et de la Saintonge a été marquée à cette époque par des personnalités étonnantes comme Louis d’Estissac, dont Rabelais fut le précepteur, neveu de Geffroy d’Estissac, Abbé de Maillezais. Celui-ci fit décorer son château de Coulonges-sur-l’Autize de motifs alchimiques qui se trouvent maintenant au château de Terre-Neuve, à Fontenay-le-Comte. Il faut rappeler, qu’en 1535, François 1er, par lettres patentes, prohibait l’impression de nombreux ouvrages, puis donna à la Sorbonne pouvoir de censure et d’inquisition sur les livres précédemment imprimés et particulièrement sur les écrits concernant la science d’Hermès.

Il n’est pas 
étonnant alors de voir apparaître à cette époque tout un “enseignement” sculpté dans la pierre, comme au temps des cathédrales. Le “grimoire à décripter” des caissons de Dampierre est cependant unique par l’ampleur et la variété de son contenu; Seul, le plafond de la chapelle de l’hôtel Lallemant, à Bourges, offre des éléments comparables. 

Les 93 caissons composant les “pages” de ce livre représentent des symboles, figures géométriques, scènes allégoriques, toujours accompagnés de phylactères où sont inscrites des devises pour la plupart en latin. Deux sont en espagnol et deux en français. On y reconnaît des emprunts à l’Ancien et au Nouveau Testament, à la mythologie grecque ou romaine, et des références à d’anciens traités d’alchimie. Toutes ces figures énigmatiques ont été éclairées par une interprétation de Fulcanelli, le grand alchimiste, Adepte et Rose-Croix du début du XXème siècle, dans son ouvrage “ Les Demeures philosophales”, dont une grande partie est réservée à Dampierre. 

Chaque groupe de 9 caissons est séparé par une série de 3 caissons sculptés du chiffre de Henri II et de triples croissants entrelacés, dans lesquels on peut voir la représentation des armes de Catherine de Médicis et celles de Diane de Poitiers. Fulcanelli les interprète plutôt comme un symbole de la Lune formant couple avec le Soleil symbolisé par la lettre H : eta en grec, initiale de “Hélios”. Soleil et Lune, couple royal par excellence, sont dans l’alchimie, “père” et “mère” de la lumière. Tout le Grand Oeuvre se déroule sur ces caissons : les phases du travail au laboratoire et celles qui leur correspondent dans le cheminement spirituel de l’alchimiste lui-même, en vue d’obtenir la Connaissance suprême matérialisée et symbolisée par la Pierre Philosophale.